Retour sur les bordures
Fouler les berges des estuaires bretons est devenu une réelle addiction depuis mes premiers pas en juin 2015. C'est une chasse, une véritable traque, plus que de la pêche.
En effet, il faut être aux aguets en permanence pour déceler le moindre mouvement, la moindre ombre sombre qui se déplace sur le fond, entre les goémons, les roches et parfois structures. Il faut être prêt à décocher son tir et à poser sa mouche sur cette cible en mouvement, en l'occurrence, un joli bar, méfiant et adapté à son milieu qui bien souvent vous fera faux bond !

Les premières sorties sont toujours très excitantes, car cela fait quelques mois qu'on a laissé les bars tranquille et que l'on n'a pas pratiqué cette pêche. Le plaisir de voir les bars marauder dans peu d'eau est indescriptible, même si l'on n'arrive pas toujours à les prendre, les observer dans leur milieu est magnifique et passionnant. On apprend à chaque sortie, à chaque nouvelle situation. C'est un prédateur fascinant qui ne cesse de nous surprendre.

Les premiers bars repérés
Ce n'est pas par ce que l'on voit un bar que l'on arrive à le prendre, et loin de là.
Notamment à la mouche, car l'action du lancer est bien plus technique et moins discrète que pour les pêcheurs aux leurres à vue. Les bars peuvent rapidement nous repérer en mouvement lorsque l'on effectue les faux lancers pour sortir la soie et poser notre imitation proche du bar en déplacement.
L'excitation du début de saison nous fait souvent commettre des erreurs, car les montées d'adrénaline sont garanties. Cela fait bientôt dix ans déjà que je pratique cette pêche et c'est bien cela que je recherche. Avoir le palpitant qui monte en flèche !
C'est un tel challenge d'arriver à leur proposer notre mouche sans se faire voir ou les effrayer, que d'année en année, le plaisir est toujours aussi intense.
Lors de ma première sortie rapide pour « prendre la température », je verrai trois bars, mais tous en déplacement rapide. Les crabes commencent à peine à sortir, très peu de petits poissons fourrages. Les bars vont vite pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Cela rend leur pêche encore plus difficile que lorsqu'ils avancent doucement à la recherche de crabes ou de crevettes.
Les deux premiers bars ne verront pas la mouche ou passeront sans y prêter attention.
Le troisième viendra inspecter mon imitation de crabe, mais son positionnement ne me permettra pas de bien voir et l'excitation et le doute me feront ferrer trop précocement ! De toute façon il fallait tenter le coup et il n'aurait peut-être pas pris.

Le premier bar est toujours un grand moment, surtout à vue !
Pour ma deuxième sortie de deux heures, je vais aller découvrir un nouveau coin, et dès les premières minutes, un superbe bar de près de 60 cm ou plus me passera à quelques mètres. Je suis sur des parcs ostréicoles, et le bar se faufilera entre les tables. Il sort plus près que prévu et mon crabe n'est pas sur son itinéraire.
Je relance, puis essayer d'intercepter sa trajectoire. Le lancer n'est pas si mal mais une fois de plus, je pense que ce bar ne le verra pas, ou ne sera pas du tout intéressé. Je verrai deux autres bars très peureux et méfiants qui ne verront pas non plus ma mouche et partiront aussi vite qu'ils étaient arrivés.

Ma troisième sortie sera la bonne. Après 45 minutes sans voir le moindre bar, mais par contre beaucoup de mulets, je tombe sur un joli poisson qui vient se caler sous une touffe de goémon. L'excitation est à son comble et je décide de lui présenter ma mouche, mais il est mal positionné. Il ne voit donc pas la mouche, que je retire de l'eau.
J'observe et attends de voir s'il réapparaît. Il est toujours là et tourne sous la touffe mais toujours pas du bon côté. Près de trente secondes passent, puis soudain, il se tourne. Là, je peux lui lancer ma mouche, juste sur le côté de la touffe où il pourrait la voir. Le lancer est parfait. Le crabe tombe sur le fond à 40 cm de lui derrière la touffe. Je le fais bouger pour créer du mouvement et des vibrations, et il sort de son couvert végétal. Je le vois s'approcher puis taper dans le fond. Le ferrage est instinctif. Il est au bout !
Quelques coups de tête puis départ en trombe entre les goémons. Ce n'est jamais simple dans ce cas de figure. Je rentre dans l'eau pour faire sortir mon bas de ligne du goémon et libérer ma soie. Je sens enfin le poids du poisson qui est massif et en pleine forme. Il me fait un beau rush de plusieurs mètres et monte en surface. Ouvre sa gueule pour tenter de recracher mon crabe. Je le vois mieux. Il est vraiment beau, surtout pour le premier de l'année. Je le bride autant que je peux pour le garder en surface et le faire glisser entre les touffes, puis le ramène sur le bord.
Il a la tête au sec et il est immobilisé ! Je le mesure vite fait (63 cm) et lui tire le portrait. Que cela fait du bien de prendre son premier bar, surtout sur une si belle action où tout est visuel. Le repérage, l'approche, puis la préhension de la mouche dans 40 cm d'eau !
Un poisson qui fait très plaisir et lance cette nouvelle saison. Hâte d'y retourner !